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mardi 24 avril 2018

Jeanne d'Arc, la Délivrance. Livre initiatique.

Jeanne d'Arc, la Délivrance

Par Dominique Blumenstihl-Roth
Editions Peleman 248 pages


En l'honneur du 600ème anniversaire de la naissance de la Pucelle d'Orléans, j'ai écrit ce portrait d'une Jeanne libérée de la convention historique. Fin des fausses légendes, fin des clichés. Cette étude ne ressasse pas les anecdotes ayant fait la gloire de tant d'ouvrages passés. Ici, nous tentons de pénétrer le secret d'une femme, de son épopée, de son destin.

Voici la nouvelle édition de ce livre.


Quel est le mystère des voix ? Quel est le sens de la Libération opérée ? Quel est le message qu'elle nous laisse, en héritage, à six siècles de distance ?

L'enquête sonde les archives au delà des apparences. Elle dégage la portée de l'opération initiatique réalisée par cette femme qui aboutit, en son temps, à la création d'une nation cohérente, dotée d'un projet spirituel. Le décryptage de l'épopée johannique s'avère précieux pour comprendre la puissance de l'énergie transhistorique se déversant sur notre temps. 


Cette étude s'appuie sur les travaux des meilleurs historiens — mais ne leur cède point la palme : l'indigence de la méthode rationaliste en effet ne permet pas de pénétrer les mystères de l'être. « Aussi est-ce par une tout autre technique, plus efficace et pertinente, que j'ai abordé Jeanne d'Arc. Il me fallait tout d'abord comprendre le mystère du Temps : quelle est sa matière, de quoi est-il fait ? Pour résoudre l'énigme johannique, je me suis fié à l'enseignement de Dominique Aubier, spécialiste de la kabbale hébraïque. Appliquant concrètement ses leçons, j'ai vu se dessiner le portrait d'une femme exceptionnelle dont le message depuis six siècles désigne et nourrit la vocation française. C'est uniquement à la lumière du décryptage kabbalistique que Jeanne d'Arc devient pleinement compréhensible et que la prophétie d'Orléans libère son message. »

L'ouvrage présente, en annexes, le portrait de quatre femmes dont l'apparentement avec l'idéal johannique rappelle le rôle essentiel des femmes au regard de la Création.



45 euros, expédition incluse.

Ou par courrier postal :

Pour obtenir un exemplaire de l'édition originale numérotée et dédicacée,
papier 85 gr, couverture entoilée (67 euros) :



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Sommaire

Jehanne, la Délivrance


I. Préface

II. Jehanne, le Secret

1. Pour une nouvelle science de l'Histoire

1. Certitude historique

2. Les protagonistes

3. Parole donnée

4. Justice inquisitoriale

5. D'Estivet, lumière de la Sorbonne

6. La Sainte procédure

7. Plaidoyer pour une justice initiatique

8. Séquelles de la Sainte Inquisition


2. Lecture initiatique

1. La communication avec l'Invisible

2. Une personnalité hors normes

3. Les voix

4. Le second procès

5. Une nouvelle science du Temps

6. Jehanne d'Arc, réalité métaphysique

7. Le Temps johannique

8. Une nouvelle fécondité

9. Décodage kabbalistique

10. Lumière d'Orléans


III. Annexes

I. Jehanne, la Délivrance, feuilleton radiophonique

II. Vraie ou fausse Jeanne ?

III. A l'attention des historiens

IV. Portrait de quatre femmes johanniques

1. Dulcinée du Toboso

2. Esther

3. Fatimah Az-Zahra

4. Dominique Aubier

V. Jehanne d'Arc sous regard initiatique

VI. Bibliographie, filmographie



lundi 9 avril 2018

Jésus a-t-il vraiment marché sur les Eaux ? Décryptage d'un texte évangélique.

Jésus a-t-il vraiment marché sur les Eaux

par D. Blumenstihl-Roth

(de l'école de Dominique Aubier)


Je reprends ici ma prétentieuse tentative d'exégèse de la parabole évangélique de « la marche sur les eaux de Jésus » présentée dans le texte de Matthieu 14, 22-33.


première partie : 

la question : Jésus a-t-il vraiment marché sur les Eaux ?

Réponse première partie



Réponse deuxième partie


Décrypter les symboles

L'Évangile donne ici un récit narratif simple et direct. Il expose des faits. Bien évidemment, cet épisode recèle un sens dépassant le déroulé littéral. Le Croyant désirant comprendre (et même le non-croyant intéressé par un texte antique à portée métaphorique) se trouve devant une énigme. Comment décrypter ? Comment trouver le sens ? Avec quel instrument ?  La simple foi (ou le simple déni) suffit-elle pour comprendre le sens de ce récit ? 

La théologie chrétienne, catholique, protestante, luthérienne, a-t-elle réussi à décrypter entièrement ce texte ? Il continue à faire question dans l'Église. Les séminaristes ont-il pénétré le cœur du récit pour en extraire le « noyau atomique  » ?

Je l'ignore, n'étant pas féru de théologie et ne possédant pas la culture qui me permettrait de vérifier la profondeur des sondages déjà réalisés sur le terrain de cette relation apostolique.


Ma réflexion se fait donc indépendamment des lumières que la théologie chrétienne aura déjà portées sur cet épisode et se contentera d'investiguer sur le terrains des archétypes en cause et des références hébraïques sous-jacentes au texte grec à partir duquel les Évangiles ont été traduits. Le texte grec étant lui-même le dépôt écrit de la longue tradition orale araméenne ou hébreue dont je pense pouvoir dire qu'elle a transmis les informations de génération en génération, à travers les siècles depuis la Palestine jusqu'en Grèce sans rien modifier ni altérer. Pour comprendre le texte de Matthieu, apôtre nécessairement hébraïsant, parlant couramment l'araméen, dialecte de l'hébreu, il me semble légitime de me tourner vers la langue qu'utilisa le narrateur.

Ce court épisode de l'Evangile n'occupe que quelques lignes concises où chaque mot est pesé à l'aune de sa portée symbolique. Les éléments du décor sont plantés, simples, efficaces. En bord de mer. Une montage. Les eaux. Les circonstances sont données : une foule se disperse après une vaste réunion. La nuit commence à tomber.


Action : Jésus demande à ses disciples de s'embarquer et de faire une traversée vers « l'autre rive ». Il leur promet de les rejoindre et reste seul. Il monte sur la montagne. Puis, la nuit tombée, s'avance sur les eaux…

L'apôtre Matthieu a vu la scène et a dû la raconter en hébreu - araméen, bien des fois, employant les mots significatifs lourds de sens pour lui, dans le contexte hébraïsant de sa culture.

Si je demande à un français ce que représente pour lui la mer, il me répondra que cela évoque les vacances, le soleil, la plage, peut-être même lui viendra-t-il à l'esprit quelque nom précis de lieu de villégiature, comme le camping des Flots Bleus ou les terrasses de Saint-Tropez.

La même question posée à un homme de l'Antiquité, en Palestine, devait appeler, vous l'imaginez bien, une tout autre réponse, bien loin de la légèreté touristique de notre temps. La mer — « Maïm » — devait immédiatement renvoyer au récit de la Création au Troisième jour, lorsque les eaux apparurent… Fut-il lettré ou ignorant (encore que cet état devait être rare dans le judaïsme) tout juif devait avoir en mémoire le récit de la Création où les eaux se réunissent en un point appelé « Mer ». Pour Matthieu, il devait en être de même. Ce mot Maïm devait résonner profondément en lui, comme un élément essentiel de la Création conditionnant l'existence. La présence de la mer, dans son récit, porte une symbolique lourde, puissante que nous pouvons essayer de saisir.


Le symbolisme de la mer.

Avant de naître, l'enfant vit pendant 9 mois dans le liquide amniotique de sa mère. Son existence se déroule en « première instance »,- dans l'espace liquide, analogique à « Maïm », les eaux de la Création du verset 1-9 de Genèse relatant les événements du troisième jour : « Que les eaux répandues sous le ciel se réunissent sur un même point… il la nomma les mers… »

Or la vie, tous les biologistes, botanistes en conviennent, s'est développée initialement dans le monde marin. La science a également observé que l'être vivant repassait par les stades évolutifs de l'ontogenèse ayant marqué toute l'histoire de la Vie, passant du stade de cellule à celle de foetus intra-utérin puis l'expulsion à l'air libre où de nouvelles formes de vie prennent le relais. Cette réitération de l'ontogenèse dans la vie individuelle du foetus est tellement démontrée par les physiologistes que c'est banalité de la rappeler. Le foetus devient « bébé » à l'air libre dès lors qu'il franchit le seuil ouvert sur le monde et que ses poumons encore flétris décollent de leur repli. C'est à l'air libre que la parole est prononçable, que le langage peut être appris, que la marche autorise le déplacement autonome de la personne. Toutes choses devant être apprises, quand bien même le potentiel physiologique en soit donné.


Le symbolisme de la marche.

La « marche sur les eaux » dans l'épisode évangélique évoque cette sortie hors de l'élément marin. 

Le Christ est présenté comme le héros de cette libération hors des conforts amniotiques. 

Il se déplace à la surface, à l'air libre.

Sa marche consiste donc à promouvoir une avancée appuyée sur droite et gauche fonctionnelles (les deux hémisphères cérébraux en action) à la surface de la première instance (les Eaux) où règne la pensée symbolique. Il est le prophète de cette limite, de la surface où l'être marche sur l'eau (et non dans l'eau). Il est en passe de quitter entièrement l'élément liquide qui n'est qu'un lieu transitoire, puisqu'il s'agit de passer sur l'Autre Rive, sur terre ferme. Jésus apparaît ici comme acteur de passage (encore sur le symbolisme) dont il annonce la fin, puisqu'il rejoint la terre ferme où la pensée sera fixée par le discours exégétique.


Ouvreur des temps messianiques

En cela il semble bien ouvreur des temps messianiques, mais non l'élément de résolution terminale. Car en effet, le Christ, pour pédagogue qu'il soit en utilisant ses paraboles, n'agit que par symbolisme sans toutefois dévoiler les règles construisant sa doctrine. Il n'expose pas le Code sur lequel il s'appuie. Il met en scène sa prophétie, dont nous tirons ici le sens. L'explication n'est pas sa mission, étant lui-même le symbole représentatif du messianisme résolutoire devant encore émerger.

Lé récit de la marche sur les eaux laisse entrevoir les temps messianiques ou effectivement la pensée surplombera les eaux symboliques et s'avancera vers la terre ferme de la résolution exégétique ; c'est cela, les temps messianiques. Qui réalisera cette exégèse ? Il ne semblerait pas que l'Eglise y soit parvenue, si nous en croyons les déboires de l'apôtre Pierre perdant pied et tombant à l'eau. S'il est sauvé de justesse de la noyade, c'est en recourant à la main tendue de son Maître qui l'emmènera, lui aussi, vers la terre ferme. L'Eglise bénéficiera, au même titre que toutes les traditions du monde, de l'apport exégétique réalisé sur cette « autre rive » que Jésus indique, sans qu'il la soit pour autant lui même.


Passer d'une rive à l'autre. La montagne.

Passer d'une rive à l'autre semble être le message de cette aventure, opérer un transfert des modalités et des catégories de la pensée. On retrouve ici, dans une mise en scène vivante, le concept du « passage » entre Tzadé final 900 et la montée vers le Qof 100. Cette montée est figurée ici par la scène où Jésus, seul après avoir dispersé la foule (l'aspect quantitatif se dissout au profit du qualitatif unique) se rend au sommet d'une montage. En hébreu Har. Qui s'écrit Hé Resch.

C'est au sommet d'une montage que se trouve la salvation. Comme l'Arche de Noé s'arrêtant sur les monts (Har) Ararrat (Genèse 8- 4).

Ce mot en deux lettres signifie : Hé : la structure en Droite et Gauche permet le passage et la montée (ouverture en haut à gauche) vers Rosch (le cerveau). Har désigne l'édifice cortical ainsi construit, appuyé sur les deux hémisphères.

En montant sur la montagne, Jésus s'en remet au Modèle d'Absolu, au Hé et au Resch dont il connaissait parfaitement le sens.


Le symbole de la nuit.

Ce n'est qu'après, en pleine nuit, qu'il entreprend sa marche sur les eaux. Le symbolisme (le monde de la mer) en effet, s'il permet de saisir intuitivement et de participer sensiblement à l'initiation demeure obscur en ce sens qu'il est recouvert d'un voile maintenant la pensée dans une certaine obscurité. La nuit était tombée… Mais elle ne devait pas être entièrement noire, puisque les apôtres voient Jésus sur la montage et le voient venir vers eux. Cependant, tout cela se déroule dans une pénombre. C'est celle des symboles appelant à leur propre lumière par le sens dévoilé.


Le symbolisme de la barque.

Quel mot araméen ou hébreu a bien pu utiliser Matthieu pour désigner cette embarcation sur laquelle il se trouvait en compagnie des autres disciples ? Si elle pouvait recevoir douze personnes (treize puisque Jésus les rejoint à bord), son gabarit devait être assez conséquent. Et si elle naviguait sur mer, c'est qu'elle avait été conçue pour cela, pour la pêche, donc dotée d'une coque profonde, quille, gouvernail etc. Lui permettant d'affronter l'épreuve de la traversée. Le mot utilisé paraît un peu faible et je pense qu'il doit exister un autre mot pour désigner ce type de bateau capable de traverser une mer, sans doute plus proche du chalut que de la « barque ». Réminiscence de l'Arche où les apôtres seraient symboliquement les humains embarqués dans l'aventure civilisatrice de la pensée ?

J'ignore quel mot hébreu figurait dans le récit oral de l'apôtre. Reversé en Grec puis en français il est difficile de remonter avec certitude jusqu'à l'origine hébraïque orale. Je pourrais considérer que le mot « Sirah » (Samekh, Yod, Resch, Hé) 


סירה


pourrait convenir. Mais je n'en ai aucune garantie.

Si tel est le mot soutenant l'image de la « barque », alors leur aventure s'ouvrirait sur un Samekh, lettre apparaissant en quinzième position, dans la partie de la structure alphabétique où l'éventail droite-gauche s'ouvre clairement, entre le dixième et le dix-huitième étage. Dominique Aubier écrit à ce sujet : « Samekh vaut 60 et rappelle qu'il existe six couches à énergétiser dans la matrice bien fermée sur elle-même. Il en évoque la programmation en un moment étonnant de l'aventure évolutive: en quinzième position. La seconde instance du cycle bat son plein. L'énergétisation est en cours, sans qu'il y ait rien à redire: la valeur 60 exprime assez que cette activité se réalise en accord total avec les forces en présence: le 10 (autrement dit le Yod — l'énergie – est en train de travailler les six couches. Mais l'on ne se trouve pas encore dans la sixième couche. »

Les apôtres semblent embarqué dans une grande aventure :  Samekh (6 x 10) où l'énergie (Yod) travaille pour les conduire vers la structure Rosch, avec ses deux rives, deux hémisphères (Hé).


Les vents leurs sont contraires. Les forces sociales en place résistent. Mais les forces cycliques ne se laissent pas entraver, tant l'énergie Yod dans le mot « barque »  et actif dans le Samekh pousse de l'avant. A noter que le Samekh n'a pas de contrepartie quantitative dans l'Alphabet (par exemple comme le Caf ou le Noun). C'est donc que le support matériel lui manque et qu'il a besoin d'une énergie qui le pousse ou le tire. Ici, le Yod en seconde position semble bien tirer l'embarcation. Et en effet le Maître viendra rejoindre ses disciples en second temps, prenant la place du Yod (deuxième lettre) dans le mot désignant la barque, les expédiant vers le Resch et le Hé.

סירה


La mésaventure de Pierre mériterait elle aussi un commentaire. Demandant à rejoindre le Maître, il se risque à vouloir marcher sur l'eau. S'est-il imaginé que lui aussi… par mimétisme serait investi des mêmes prérogatives ? A-t-il outrepassé son degré de compétence en croyant qu'il serait habilité à concevoir lui aussi cette prouesse ? Son désir de rejoindre le Maître était sans aucun doute sincère, mais également emprunt d'une forme de naïveté ; Jésus est acteur de messianité par le symbole qu'il réalise, cela ne se transmet pas par imitation. Son acte de « marcheur sur l'eau » est unique, à lui réservé. À chacun sa place. L'apôtre dans la barque humaine était-il investi de la mission du Maître au point de « faire comme lui  »? 

En fin lecteur des signes, Jésus a dû faire une lecture avisé de la mésaventure de Pierre. Il voit tout de suite qu'il a peur et que cette peur cause l'échec. L'ayant rattrapé avant la noyade, il aura, en tant qu'initié de haut rang intégré immédiatement le sens de la péripétie dramatique. N'est-ce pas, au travers de Pierre, l'Eglise tout entière qui semble prise par la peur des vents contraires et qui ne parvient pas à rejoindre le Christ ?


Un peu de rire n'est pas interdit

Nous avons l'habitude de lire les évangiles sur le ton de la dramaturgie douloureuse et pathétique. Cet épisode-ci — Pierre désirant rejoindre son Maître et tombant à l'eau — pourrait tout aussi bien s'envisager sur un ton plus joyeux, et peut-être même, sans déroger au respect dû à la religion, pourrait-on y discerner quelque humour dont Jésus ne devait pas être dépourvu. Nous le voyons toujours (du moins dans l'imaginaire conditionné par la vision de sa crucifixion) comme un personnage austère, spartiate… alors que s'il a été homme, (ou Dieu devenu homme selon la thèse chrétienne) il en aura connu également des joies, dont celle du rire. Étant homme de parole, le rire accompagne le don de la Parole, les travaux du neurologue Antonio Damasio sur le rire ont démontré l'étroite connivence entre les zones corticales du rire et celle du langage, notamment du sens (ère de Wernicke).


Reprenons la scène telle qu'elle est narrée par Matthieu.

Jésus marche sur l'eau. Les apôtres sont sidérés. Nous le serions autant. Il s'approche de leur barque, en étant de lévitation à la surface de le mer. Et voici que Pierre se lève et demande : « Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. »

La question est curieusement tournée. À la limite du chantage : « si c'est toi, alors… » Pierre demande à Jésus de lui ordonner de venir vers lui. Autrement dit, il demande qu'on lui donne l'ordre de faire… ce qu'il a déjà envie de faire, c'est-à-dire marcher sur les eaux comme Jésus. Il introduit également le doute : « si c'est vraiment toi, alors… ». Un vrai défi qu'il lance à Jésus.

En bon lettré captant le sens des mots, Jésus lui répond aussitôt : « Viens ! »

C'est-à-dire que Jésus… obéit à Pierre et fait ce qu'il lui a demandé. Il lui ordonne de venir. Dans le sens : « Tu veux que je t'ordonne de venir ? Alors: viens. Sous-entendu : tu verras bien ce qui t'arrivera si tu tentes de m'imiter. Car c'est bien ton désir, non, de faire comme moi ? Alors viens… Nous allons nous amuser. » Jésus devait bien connaître son ami et peut-être lui a-t-il joué un petit tour en acceptant de lui obéir et lui dire de venir vers lui, sur l'eau ? On pourrait entendre le rire intérieur de Jésus, tirant de l'eau son disciple trempé de la tête aux pieds, et lui répondant d'un petit haussement d'épaule compatissant : « pourquoi as-tu douté ? » Entendre : « tu as douté que tu tomberait à l'eau, tant tu étais certain de pouvoir marcher sur la mer comme moi ? Allons, il était évident que tu te noierais… comme il était évident que je te rattraperais. » Et j'entends Jésus ajouter cette phrase que l'aimable Matthieu n'aura pas notée : « Sacré Pierre, tu es un farceur. Et dire que c'est sur cette Pierre que je bâtirai mon Eglise… »


Qui est ce Jésus de Nazareth ?

Retrouvons notre sérieux de séminariste. Le brave apôtre s'enfonce. Jésus lui tend la main et dit : « Pourquoi as-tu douté ? ». On a beau lire et relire le passage, un doute demeure dans l'esprit du lecteur : à quel doute renvoie Jésus quand il s'adresse à Pierre ?

— Celui portant sur son identité, en raison de la question de l'apôtre: « Si c'est toi, alors… »


Et justement : qui est ce « toi » ? Qui est ce Jésus de Nazareth, venu marcher sur le lac de Genézareth ? 

Un simple survol des mots permet de repérer l'allteration et même la répétition du mot « Nazareth ».

J'ai déjà expliqué dans un article précédent le sens de mot Nazareth. Je repends ici brièvement l'explication afin que nous l'ayons sous les yeux.

Nazareth, nom d'un village, est un mot codé. En effet, écrit Dominique Aubier, « dans la Torah, on ne dit pas Labyrinthe. On dit plus conceptuellement Nazareth ». Lettre par lettre :

Noun = l'homme.

Tzadé = bifurcation et Stop sur la branche évolutive gauchère.

Resch = la connaissance du Verbe et ses lois.

Tav = la fin du cycle.

Nazareth signifie donc : l'homme, parvenu en Tzadé, doit opter pour la branche droitière, monter vers le Resch, le Verbe, jusqu'au bout du cycle. Pour cela, il doit s'instruire des Lois du Verbe, donc des lois archétypales et de l'Alphabet. Il doit connaître les lois initiatiques et notamment les archétypes. L'homme de Nazaret semble capable alors de marcher sur les Eaux, sur les symboles représentés par la réalité.

Et justement, cette réalité est désignée par le mot Génézareth,, car ajoutant un Guimel à Nazareth, on obtient la présence des « choses ». Les choses, la réalité.

Est-ce de cela que Pierre a douté : de la capacité à marcher sur le réel, de le lire, de le considérer comme un support signifiant ?


— Avait-il peur des vents contraires ?

— Appelle-t-il au secours parce qu'il a cru que Jésus ne l'aiderait pas de lui-même ? Il y a dans cette séquence au moins trois doutes successifs se renforçant l'un l'autre, engloutissant l'apôtre, sans qu'il soit aisé de discerner si Jésus fait davantage allusion à l'un ou à l'autre. À mon sens, il aura vu la situation globale des trois — y compris la possible dimension comique, non orthodoxe je l'avoue, celle du futur pape de son Eglise prendre un bain de mer parce qu'il s'imaginait pouvoir léviter à la surface des eaux comme Jésus. Ce pouvoir ne se transmet pas : la puissance christique soumettant les lois de la nature à la puissance du symbole qu'il incarne est réservée à sa seule mission.


Je vais envoyer ce texte au cardinal Joseph Ratzinger (Benoît XVI) et soumettre cette réflexion au grand théologien qu'il est. Sa démission a prouvé qu'il était un homme inspiré et je suis certain que c'est suite à une révélation qu'il a quitté sa haute fonction, précisément parce qu'il n'a pas douté.


Reste bien sûr la question du messianiqme de Jésus.

J'ignore s'il fut « le » messie. La tradition estime qu'il y en aurait au moins deux, (un messie-fils-de-Joseph suivi d'un messie-fils-de-David) et cela est conforme à l'archétype du Redoublement. À quoi s'ajoute nécessairement un annonciateur préfigurant la dramaturgie messianique. Ne pas confondre les épisodes entre eux. Je crois que Jésus fut cet annonciateur, ouvreur de la porte messianique. Mais tout reste encore à faire. La France y tient en rôle essentiel étant le porte-voix de l'explication.



Pour bien comprendre le messianisme et pour dépasser les clichés sur le sujet :

— Don Quichotte le prodigieux secours, livre de Dominique Aubier. Une explication du messianisme fondée sur le mot hébreu.

— Le film Le messianisme, DVD.



Je remercie les personnes s'inspirant de mes écrits de bien vouloir citer la référence.

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vendredi 30 mars 2018

Comment lutter contre l'antisémitisme ?

La mission du judaïsme

un livre de Dominique Aubier



Ce livre est une vraie "réponse à Hitler", en ce sens qu'il montre en quoi le nazisme a échoué et ne saurait jamais réussir, aussi longtemps que l'affirmation sinaïtique assumera le Buisson Ardent. En effet, tout à l'opposé de la tentative d'extermination des Nazis, se dresse l'Alliance, le contrat intime et privilégié que le Créateur a établi entre Lui et le Peuple Juif — et l'Humanité tout entière —, contrat confirmé par Moïse au Sinaï et par Esther, dans des circonstances annonciatrices de la Shoa.

Les exactions antisémites ont-elle cessé ? Certes le « Reich » a disparu, du moins sous la forme du nazisme officiel, mais qu'en est-il des idéologies, des convictions personnelles réitérant le meurtre ?

La « haine du Juif » cessera-t-elle jamais ?

Les grandes valeurs du judaisme ne sauraient céder, en vertu même du contrat d'Alliance contracté avec l'Eternel, marqué par la circoncision à huit jours.

Ce livre exceptionnel décrypte le sens de la Circoncision le sens de l'Alliance, réponse à la barbarie : le judaïsme affirme la fidélité à un projet civilisateur où les forces du Verbe commandent à l'évolution culturelle.

Ce livre est essentiel car il rappelle l'identité de l'Alliance, sa signification.

L'ouvrage aborde également un sujet délicat, celui des séphiroth.

La mise au point que présente Dominique Aubier établit les corrélations anatomiques et physiologique des séphiroth, et touche à la précision la plus fine en ce qu'elle fonde son travail sur le Sefer Yetsirah dont elle sonde le mystérieux codage. Rédigé pendant ses années d'exil en Espagne, par l'auteur de Don Quichotte prophète d'Israël (éditions Ivréa), ce livre incontournable vaut, depuis sa première édition, à Dominique Aubier le respect des meilleurs Talmudistes.

Ce livre a été typographié à l'ancienne et imprimé par l'imprimerie Sollers à Barcelone. Façonné en cahier, cousus dans la reliure, ce qui lui confère une solidité à toute épreuve. Par respect du Livre, objet de culture et de civilisation.

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Bon de commande, par internet : 


La mission du judaïsme

Par Dominique Aubier

322 pages, 44 euros. Expédition incluse.

Dominique Aubier (1922-2014)

Auteure de : 

Don Quichotte prophète d'Israël

— Réponse à Hitler

— Le Principe du Langage ou l'Alphabet hébraïque

— L'Urgence du Shabbat


Tous les livres et films de Dominique Aubier sont disponibles.
















vendredi 23 mars 2018

Jésus marchant sur les Eaux. Explication initiatique.

Jésus marchant sur les Eaux. 

Exégèse initiatique d'un épisode des Evangiles (première partie 1/2)

Par D. Blumenstihl-Roth

Ecole de Dominique Aubier


Il y a quelques temps, j'ai reçu une lettre de la part d'un Lecteur qui me pose des questions extrêmement pertinentes concernant la Connaissance et Jésus. Je ne publie pas l'intégralité de son courrier, d'ordre privé, mais je donne ici en partage ma réponse. Tout au long du texte, on retrouvera les questions posées que l'on peut du reste aisément reconstituer puisqu'en j'en reprends pratiquement les termes. Il se pourrait que j'envoie ce texte au théologien Mgr. Joseph Ratzinger (Benoît XVI) que je cite dans mon texte. 


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Cher monsieur,

Vous avez bien voulu me présenter vos réflexions et questions touchant à la Connaissance. Je vous remercie de vos remarques et de la confiance que vous me témoignez. J'ignore si ma réponse sera à la hauteur de vos espérances, je vais néanmoins tenter, dans la mesure de mes moyens, d'éclaircir certains points qui semblent vous préoccuper.

Vous avez approché la pensée de Lacan. M'est-il permis de dire que la pensée initiatique soit plus directe et plus efficace que la littérature psychanalytique dont je ne suis pas certain qu'elle ait déposé ses garanties ? 

La Connaissance initiatique dispose d'une grille de lecture stable. Qu'est-ce que la Connaissance ? Dominique Aubier écrit que « c'est le don de l'origine, ce qui est donné au départ. Elle a été donnée par ce que l'on appelle la Révélation. Elle est développée par les Commentaires et s'avance progressivement jusqu'à l'Explication. La Connaissance s'édicte naturellement par les voies du Modèle absolu ». Le processus historique touchant la Connaissance est le suivant : on passe de la Révélation à son commentaire pour s'avancer vers l'authentification par les preuves. Dominique Aubier a agi dans cette dernière phase.

Les initiés des temps anciens ont agi dans une phase différente, soit sur la réception de la révélation (Abraham, Moïse) soit sur les étapes suivantes des commentaires.


Vous évoquez la personnalité du Christ. Bien que je ne connaisse qu'insuffisamment les Évangiles, à mes yeux, il ne fait pas doute qu'il fut un initié considérable, chargé de la mission singulière d'ouvrir les temps messianiques. Fut-il (est-il) « fils de Dieu » ? Je ne suis pas à même d'en juger. Si c'est une question de foi, alors je veux bien le croire. S'il s'agit de le vérifier par la science, je puis bien douter… de la science dont nous savons qu'elle change ses théories au gré des découvertes et qu'elle découvre au gré de ses recherches et souvent de l'heureux hasard qui lui met sous les yeux une évidence qui hier encore lui échappait. La science étant elle-même conditionnée par la foi qu'elle a en elle-même, qu'il soit permis de ne pas faire totalement allégeance à ses dogmes et méthodologies.


Quoiqu'il en soit, Jésus s'inscrit néanmoins dans le processus historique de la communication de la Connaissance, et il le fait au moyen de sa propre vie, engagée pleinement dans le message qu'il transmet. Il est le symbole même de son propre message. Le symbolisme non seulement le porte mais opère une fusion totale avec son être. L'unité qu'il forme avec le symbole — il est ce qu'il représente — devait l'investir de toute la puissance des symboles : le symbole n'est pas soumis à la lourde pesanteur du réalisme factuel. Dès lors sa capacité de marcher sur l'eau devient intelligible, étant lui-même le symbole de la Connaissance appelée à surplomber les formes premières de son expression.

Maitrisant parfaitement l'hébreu et l'araméen, il décryptait à coup sûr les situations vivantes (les événements) et en tirait le sens.


Je ne puis souscrire à l'idée selon laquelle, à l'époque du Christ la plupart des gens étaient illettrés, du moins pas en Palestine et moins encore dans le contexte juif auquel il appartenait en tant qu'Essénien. Dans le judaïsme, l'illettrisme a toujours été très rare et s'il existe, c'est le plus souvent en raison d'un handicap personnel, car l'apprentissage de la lecture dès le plus jeune âge est une obligation religieuse. Si la communication se faisait par symboles, cela n'est pas dû à un hypothétique illétrisme, mais au fait que le langage ne procédait pas par l'explication objective comme c'est le cas aujourd'hui. L'objectivation de la pensée est récente et ne survient qu'avec l'apparition de la science, avant cela, l'humanité pensait par images, symboles, paraboles. Et continue d'ailleurs de le faire, y compris dans les peuples lettrés. N'est-ce pas la fonction du roman occidental que relater les vérités par des récits allégoriques ?


La pensée symbolique n'est pas issue d'esprit analphabètes ou illettrés, j'en veux pour preuve que les poètes, encore aujourd'hui — donc experts du langage — utilisent le symbolisme dans leur expression écrite par l'usage des matéphores. Le symbolisme est une modalité de pensée qui ne résulte pas d'une privation, il correspond au second niveau évolutif de la réflexion humaine. Après la perception littérale vient la mise en forme symbolique (image, métaphore). L'étape suivante tend vers l'allégorie puis l'ouverture et l'explication.


Nous sommes portés par des cycles civilisateurs, et chaque cycle a ses spécificités.

Les religions, traditions sont nées et ont été conçues selon la grille initiatique, dans des formes représentatives imagées. Les concepteurs de ces images étaient des intellectuels de haut niveau sachant parfaitement ce qu'ils faisaient, des initiés subtilement lettrés : Moïse reçut toute la déflagration des Lettres au Sinaï et conçut ensuite les formes symboliques devant véhiculer l'enseignement. Plus tard, à Babylone, le Temple de Jérusalem étant détruit et le peuple en exil, Les Maîtres de la Loi conçurent de nouveaux symboles inscrivant la Loi dans des rituels. Cette inscription symbolique survint suite à la perte des rouleaux (donc des textes) afin que le symbolisme puisse, par sa propre force imagée, transporter analogiquement le contenu des textes. Il était bien clair, dans leur esprit, que le jour viendrait où tous ces symboles seraient explicités et libérés de leur carcan. L'éclaircissement de ces symboles survenant, ils seraient rendus au modèle de référence. La « mise au clair » et le dévoilement des lois, du Code sous-jacent : c'est exactement cela, le messianisme. Et chacun de nous est convié à y participer, à son niveau d'intelligence, selon ses capacités.


À l'époque du Christ, il y a 2000 ans, l'humanité vivait dans une instance historique où les choses demeuraient voilées. C'est le règne des symboles, des allégories, de la mise en place des critères initiatiques sous des formes représentatives. La messe chrétienne, comme tous les rituels, en sont des expressions somptueuses et magnifiques. Elle met en scène le modèle d'Absolu et l'on pourrait en faire la lecture archétypale. J'ignore si les théologiens ont explicité le sens de la liturgie et s'ils l'ont accordée aux intentions des pères fondateurs.


Tout ici bas est représentation, tout est symbole : nous vivons, dit le soufi andalou Ibn' Arabî du XIème siècle, dans le « théâtre de Sa Révélation » où tout est symbolique : le réel nous « parle » au moyen de tout ce qui est à sa disposition, donc toute la nature est parlante et s'exprime au quotidien dans un dialogue permanent. Il nous reste à décoder de langage et reverser en mots ce qui nous est donné à voir sous formes d'images.


Je me permets de vous conter un exemple personnel :

J'ai vu l'autre jour deux cygnes nageant sur les étangs de mon village. Je me suis dit : « quel signe ces deux cygnes vont-ils m'indiquer ? » Voici que sur le chemin entourant les étangs surgit un jeune homme monté à bicyclette qui s'amusait à se faire tracter par un beau chien noir auquel il avait attaché un harnais. Était-ce le signe ? Oui, car il faut voir et décrypter : la bicyclette, monture à deux roues (deuxième niveau d'organisation, celui du symbolisme). Il faut voir le jeune homme : c'est la jeune humanité. Voir enfin le chien, symbole du « messager » de l'Invisible. Cette séquence signifiait donc : l'Invisible tire puissamment l'humanité, encore montée sur le symbolisme… Le jeune homme s'y complaisait, encourageant le chien mais sans appuyer beaucoup sur les pédales pour l'aider. N'était-ce pas l'image de la civilisation bien installée dans les formes anciennes du symbolisme, se laissant paresseusement tirer par le chien-messager s'épuisant à faire avancer le train civilisateur ? J'en ai déduit qu'il y avait encore du travail à faire, pour que l'humanité change de monture et passe des deux-roues à quatre. Et daigne quelque peu appuyer sur les mécanismes propulseurs. Qu'au lieu de se laisser tirer, elle pousse par ses propres efforts et aille au-devant de sa libération. J'y travaille dans la modestie de mes moyens, s'agissant, comme le propose la Tradition hébraïque, l'aller « au-devant » du Shabbat et non point d'y arriver en retard.


Aujourd'hui, et depuis l'apparition de la science, partenaire de la Connaissance, (crucifixion où Gauche et Droite s'unissent sur l'axe transversal), nous vivons une époque exigeant le dévoilement des symboles. Ce phénomène est annoncé par les Traditions, c'est ainsi qu'il existe, lors de la messe de Pâques, un épisode appelé le « dévoilement de la Croix ». Le voile couvrant le Christ est enlevé par le prêtre : cela signifie que le symbole sera découvert et expliqué. L'officiant transporte ensuite le crucifix d'un côté de l'autel à l'autre. Cela signifie que depuis des siècles, ceux qui ont mis au point ce rituel, on su qu'il existerait un transfert de la Connaissance vers un partenaire situé de « l'autre côté » Autrement dit : l'autre rive. C'est l'Occident assumant l'explication. Tiens, c'est justement ce que je suis en train de faire…

Les peuples des temps anciens étaient non seulement sensibles à la pensée symbolique mais toute leur vie se façonnait sur ce type de compréhension car l'humanité vivait alors dans un cycle porteur de ce type de pensée.

Le temps a passé, déposant ses acquis, demandant à l'humanité de « bouger devant le temps ».

Hélas, ne sommes-nous pas restés englués dans les symboles anciens dont nous ne parvenons pas à dégager le sens ? Il faut, pour décrypter un symbole, l'insérer dans la structure corticale porteuse et dont il est une expression. Pour lire un signe, il faut aborder l'événement en acceptant qu'il signifie autre chose que lui-même. Lire un signe, c'est défaire la puissance de la pensée matérialiste liée au « choses » et l'ouvrir sur l'invisible. Que veut dire tel événement ? Collectif ou dans ma propre vie ? Chacun a ses signes, chacun a sa relation privée avec l'Invisible et son dialogue avec lui. Ce dialogue personnel possible avec l'Invisible, c'est la démocratie à son plus haut degré d'intensité.


Ne connaissant pas vos signes, il m'est difficile de vous aider à les lire. Le signe est toujours insolite, surprenant. Cela peut être un mot entendu, une image vue, une scène curieuse à laquelle on assiste. Un objet que l'on rencontre. Une personne qui dit quelque chose… tombant tout à propos de notre préoccupation.



« Homme-Aleph » ( Francis B. Roth. Acrylique 25 x 40 cm)


Je reviens à votre question touchant au Christ marchant sur les Eaux : la raison raisonnante a du mal à le concevoir et cherche une justification pragmatique. D'autres en appellent au pur miracle. Mais que savons-nous des capacités dont peuvent être dotés les grands initiés de cette époque ? La science procède par vérifications et elle « implique une forme de pensée qui se limite au phénomène. Mais elle ne saurait pas plus engendrer la foi que la physique ne peut arriver à confesser Dieu » écrit Joseph Ratzinger, (Benoît XVI), fin théologien et auteur de livres passionnants.

Il faut ici, dans l'épisode relaté par l'Évangile, lire exactement le texte et en sélectionner les éléments. Il est question de l'eau. Alors qu'est-ce que les eaux ? Jésus marche. Qu'est-ce que la marche ? Et que va-t-il faire ? Et que faisait-il sur la barque ? À quel moment de la journée cela se passait-il ? Tous ces éléments concrets participent du sens. Pour lire un signe, il faut tout observer, tout voir, remarquer les détails. 


J'ai recherché le passage dans l'Évangile Matthieu 14, 22-33. 

« Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait les foules. Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l'écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire. Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C'est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c'est moi ; n'ayez plus peur ! » Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »


Il faudrait décortiquer tous les détails du texte car ils ont chacun leur importance : la montagne, la barque, les vagues, la nuit, la peur, le vent… J'ai épaissi les mots ayant retenu mon attention bien qu'il faudrait sans doute sonder absolument tous les mots pour permettre au sens définitif d'émerger. J'imagine, sans avoir la possibilité de le vérifier, qu'en deux millénaires, la vaste théologie chrétienne aura réalisé cette performance. À moins que cela ne reste à faire ? Ce serait cela, la véritable modernisation de l'Eglise : non de changer le rituel comme le fit Vatican II mais apporter l'explication de ses rituel fondé sur le Code des Archétypes. Sur la Face cachée du Cerveau…


Le symbolisme dans Matthieu 14, 22-33. (Jésus marche sur les eaux).

Avant que se produise ce que d'aucuns appellent le miracle, il paraît judicieux de tenir compte de ce qui précède le climax de la séquence. L'épisode commence par : Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à passer avant lui vers l'autre rive.

S'il les oblige, c'est qu'ils ne le font pas de leur plein gré et peut-être même en rechignant. Il leur en donne l'ordre. Auquel ils obéissent. Passer sur l'autre rive est donc pour eux une obligation sérieuse, une ordonnance du Maître qui les force à réaliser cet acte de traversée, sans lui.

Préfiguration de leur mission que s'embarquer dans leur mission, à destination des rives occidentales, sans l'accompagnemnt physique de leur Maître ?


Passons à la marche sur les eaux, quitte à revenir plus loin sur les éléments entourant l'événement. Ces éléments du décor naturel permettront d'affiner la lecture du prodige.

Les théologiens ont observé que la scène de Jésus marchant sur les eaux avait trait aux eaux primordiales. Ils ont opéré un rapprochement avec le Chaos initial évoqué dans Genèse. Cependant, ce mot pourrait être discuté, car dans le texte de la Torah il est question non pas du Chaos, mais du Tohu Tobu. Le terme Chaos correspondant à une traduction ne peut expliquer pleinement l'analogie avec la scène christique qui se réfère au texte hébreu original de la Torah. C'est l'expression hébreue tohu va bohu qui devrait retenir l'attention.

L'auteur du Zohar (XII ème siècle), le kabbaliste juif espagnol Moïse Schem Tob de Leon, sunommé le Lion d'Avila, a cerné la problématique du Tohu Bohu qu'il a rapprochée de la question du Dedans-Dehors. Elle est largement traitée dans La Face cachée du Cerveau, vol 2, p. 130 et suivantes (136-157), dont je reprends cet extrait :  « selon quoi, ce qui n'est pas bon dans le deuxième jour, c'est le stade Tohu, l'insuffisance de la première instance. Et ce qui s'avère bon, dans le troisième jour, c'est l'insertion de la deuxième instance, assurant la complétude cyclique, fût-elle inscrite dans la première partie du vaste développement créateur sur six couches. Cette lecture de Genèse appelle l'attention sur le caractère inassouvi des événements surgis en couche II. La mise en forme symbolique dont cette couche est le lieu, dans un cortex humain, n'est qu'augurale. Elle n'adhère pas à la force de réalisation qui est le propre du Bohu. Cette puissance sera obtenue en couche III. Selon quoi, la pensée symbolique elle-même passant par le filtrage des couches II et III, n'atteindra à sa fixation qu'à la fin du sous-cycle formé et porté par les trois couches matricielles ». 


Il est donc exact que Jésus agit ici en style de Tohu, en annonciateur de ce qui se passera en Bohu. La séquence de la marche sur l'eau se situe très nettement à la lisière entre les deux instances. Il expédie ses disciples sur l'autre rive : préfiguration symbolique de la mission apostolique. Les apôtres agiront concrètement en seconde instance Bohu, et ils devront effectivement passer sur l'autre rive (la Grèce, Rome, l'Occident) où ils inscriront matériellement l'enseignement christique dans la forme religieuse. Qui elle-même participe à un cycle… chargé de symboles attendant leur développement de seconde instance. En tout état de cause, la nécessité de « monter » s'impose. D'où la présence de la montagne.

La montagne : le lieu d'élévation.

Jésus est seul sur sa rive. La Révélation en provenance de sa rive est divulguée sur l'autre rive.


Le vent est contraire : c'est le vent venant de la rive d'En - Face qui repousse la barque. C'est l'opposition réfractaire à la Connaissance.


Marchant sur la mer. Il n'est pas dit que Jésus marche sur l'eau, mais sur la mer et plus loin, sur les eaux (synomyme de mer). La mer est en hébreu "Maim", c'est une reprise des eaux de Genèse. 

La mer, c'est l'état de la Connaissance en première instance (tohu). La vie en effet commence dans la mer (en Bip) puis passe à la surface Bohu (en BOP comme le dit Dominique Aubier). La mer représente les formes symboliques de la Connaissance. Jésus marche sur la mer. Cela signifie qu'il se déplace à la surface des symboles. Il se situe donc à la limite finale du symbolisme et indique la démarche à adopter : il est temps d'émerger des formes symboliques et avancer (marcher c'est actionner gauche et droite au niveau du corps) vers un entendement nouveau. Il n'a pas besoin de support extérieur (barque) étant lui-même le véhicule de la prophétie : il est ce qu'il dit sans que sa personne ne puisse se dissocier de son message. Le théologien Joseph Ratzinger parle de « la dépossession totale de lui-même… et renonçant à être pour soi… par là même il est devenu le Maître de l'Univers, de tout le cosmos…» Comment s'étonner dès lors que la mer lui obéisse, étant elle-même le symbole de la Connaissance des symboles, soumise au Maître des symboles ? 

Marcher sur la mer, c'est l'annonce de la sortie du monde des symboles, par l'activation de l'Echange Latéral entre Gauche et Droite symbolisé par la marche qui s'effectue alternativement sur le pied gauche et le pied droit. Donc Connaissance et science en dialogue, permettent l'avancée vers la barque. 

La barque où se trouvent les compagnons, c'est l'image de l'humanité embarquée dans son aventure culturelle. Les compagnons sont démunis dans la tempête mais doivent gagner la rive d'en face.


À la demande de Pierre Jésus invite ce dernier à quitter la barque. Pierre est le fondateur du Christianisme, à Rome. Pierre prend peur (en raison du vent ?) et n'y parvient pas. Cela désigne-t-il l'attitude du christianisme en tant que religion désirant imiter le Maître ? Le désir sincère est de le rejoindre, mais l'échec n'est-il pas visible en ce que Pierre, le fondateur de l'Eglise tombe dans la mer (de ses propres symboles) ? Il ne parvient pas émerger. Émerger de quoi ? Du Tohu de son symbolisme non suffisamment élucidé ?

Jésus (depuis la surface donc du Bohu) tend sa main et ensemble ils rejoignent la barque. Il se pourrait qu'une intervention salutaire tire le christianisme du danger de noyade s'il parvient à réaliser l'exégèse de ses propres rituels, expliquer ses propres symboles, ce qui ne semble pas avoir été fait à ce jour. Jésus sauve Pierre de la noyade. Cette prédiction christique annonce cette sortie exégétique qui sauvera l'Eglise de Pierre. Le sauvetage sera réalisé, par une main extérieure. Qui sera l'initié produisant l'exégèse salvatrice ? 


La tempête cesse quand Pierre et son Maître rejoignent la barque. Il en résulte un apaisement de la nature. Quand la Connaissance sera reçue (embarquée) par la civilisation, la Nature réagira favorablement.


Voilà la lecture que je fais de cet épisode. Il s'agit d'une première lecture qui, en vertu de la loi du Redoublement, appelle son développement en BOP. Je précise dès maintenant que je n'exclus aucunement que Jésus ait vraiment marché sur la mer, transgressant la gravitation et les formes de raisonnements rationalistes. Il était l'incarnation même du symbolisme qu'il activait, en fusion totale avec son être. Avec lui, « l'être devient Acte ». Il coïncide avec son propre acte symbolique, en une sorte de fusion atomique.  « Il est lui-même l'Acte d'être envoyé » écrit Joseph Ratzinger qui poursuit, p. 153 de son livre Foi Chrétienne hier et aujourd'hui : « agir n'est pas seulement agir, mais être. »

Nous en déduisons que cette identité du Christ entre être et agir lui confère toute la puissance du symbolisme, non assujetti à la lourdeur de la causalité. En effet, c'est le symbole et le sens qui conditionnent et conduisent l'événement et non le contraire. Le sens préside, et le réel se conforme à l'intention de l'Invisible s'exprimant par symboles. Dès lors il est parfaitement possible et même probable que Jésus ait réellement marché sur l'eau, s'agissant pour lui de concevoir le symbole actif s'exerçant sur un élément naturel (la mer), intelligible en tant que symbole au service du sens devant être présenté.


À mon sens, c'est un récit prophétique sur la réception (encore) inaboutie du message christique par l'Eglise de Pierre et la possibilité d'un sauvetage à condition de passer culturellement à la surface, donc à l'air libre où s'exprimera un discours exégétique.

Cette exposition en surface des secrets de la Connaissance, hors des eaux symboliques, Dominique Aubier l'a faite dans ses livres. Ses ouvrages, « Catalina la bonaventure dite aux français », « Le Secret des secrets », suivis de « La Face cachée du Cerveau » vous épauleront dans votre quête. Je ne saurais croire qu'il vous resteront inaccessibles tant le style de l'Auteure en est limpide et son langage précis.


Enfin, votre question posée en fin de lettre me touche quand vous me demandez si on peut venir et quitter ce monde sans rien comprendre à notre existence ? Ma réponse est non, car la vie ne se déroule pas sans qu'elle nous enseigne quelque chose nous donnant tant soi peu une compréhension de notre existence. Il existe toujours un moment où la Vie, en tant qu'énergie vient visiter l'esprit. L'intelligence n'épargne personne pas même le dernier des ignorants qui ne saurait vivre à l'abri d'une soudaine fulgurance pouvant le foudroyer à tout instant.


La Vie veut être comprise. Je crois que l'homme a l'obligation organique de comprendre, puisqu'il possède un cortex doté d'une ère du langage elle-même pourvue d'une aire sensible au sens (l'aire de Wernicke). L'organe existe avant la fonction. C'est à l'homme de nourrir cette capacité offerte par la Vie. Notre liberté nous permet cependant de nous barbariser… Le processus est peut-être déjà en cours ? Les expériences du dr. Sperry ont démontré que la destruction de l'ère de Wernicke permettait à l'homme certes de parler, car l'ère de Broca réservée à la pratique de la parole fonctionne indépendamment de l'ère de Wernicke. Mais le langage, suite à l'ablation de l'ère de Wernicke, s'en retrouve dépourvu de tout sens. Il se pourrait, si nous ne nous embarquons pas avec la Connaissance, que l'humanité perde pied, s'enfonce dans la parole insensée à l'image d'un cortex ayant subi l'ablation de son ère de Wernicke.

La main cependant est est tendue vers l'élévation en direction de la montage.

C'est la main tendue de la Connaissance que nous devons avoir de l'Absolu, connaissance toujours améliorée et actualisée aux nécessités du temps.


Je vous renouvelle mes remerciements pour l'occasion que vos questions m'ont donnée de sonder ce passage évangélique auquel je ne suis qu'insuffisamment familiarisé. Je continue de réfléchir à cet épisode car bien des points restent obscurs, notamment la demande que formule l'apôtre « si c'est toi, alors… » et l'incident dont il est victime en tombant à l'eau.

À défaut de vous soumettre des trouvailles très originales, je vous présenterai, avec votre permission, en une seconde instance, la suite de mes réflexions,


D'ici là, je vous prie de croire en mes chaleureuses salutations.



M. D.Blumenstihl-Roth

http://dominique-aubier.com


A voir : le film "Le Messianisme".

Article : le Messianisme et la France.


Je remercie les personnes qui reprendraient ces concepts de bien vouloir citer leur source.

Suggestions et remarques sont les bienvenues.